Le ministère algérien de la Défense a diffusé, mardi 11 août, une vidéo présentant les prétendus aveux de six membres du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), dont quatre seraient de nationalité marocaine. Une mise en scène qui, selon plusieurs observateurs, vise moins à démanteler un réseau réel qu’à détourner l’attention d’un revers électoral difficile à digérer pour le pouvoir.
Les législatives du 2 juillet 2026 ont enregistré, selon les chiffres officiels, un taux de participation d’environ 21 %, un plancher historique pour ce type de scrutin en Algérie. Certains observateurs avancent un chiffre réel de participation plus proche de 5 %. Ce désaveu s’inscrit dans une tendance déjà ancienne. Chaque élection organisée depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune en 2019 a vu la participation reculer, la Kabylie constituant le foyer le plus marqué de ce rejet des urnes, avec plusieurs bureaux de vote n’ayant enregistré aucun suffrage exprimé lors de précédents scrutins.
C’est dans ce contexte que le ministère de la Défense a mis en ligne une vidéo présentée comme le témoignage de six individus, dont quatre se réclamant de nationalité marocaine, accusés d’avoir agi sur instruction du MAK et de son dirigeant historique, Ferhat Mehenni pour pousser les électeurs kabyles à bouder les urnes. Les intéressés y évoquent, selon la mise en scène officielle, des voyages en Europe destinés à recevoir des consignes et du financement.
Plusieurs éléments alimentent le scepticisme entourant ce document. L’accent et les tournures employées par les quatre individus présentés comme Marocains seraient, selon des observateurs, davantage caractéristiques du parler algérien que du dialecte marocain. Cette vidéo fait par ailleurs écho à un communiqué publié un mois plus tôt, le 13 juillet, dans lequel le ministère annonçait le démantèlement, à Tizi-Ouzou, d’un groupe présenté dans les mêmes termes.
Ce type de séquence n’est pas inédit dans la communication du pouvoir algérien. En 2021, à quelques jours des législatives qui avaient suivi la reprise des manifestations du Hirak après la parenthèse du Covid, la télévision publique avait mis en avant un certain Ahcène Zerkane, dit Abou Dahdouh, présenté comme un ancien membre armé repenti ayant tenté d’infiltrer le mouvement populaire pour le compte du MAK et du mouvement Rachad. Condamné à vingt ans de réclusion en 2021, il sera finalement acquitté en 2024, un dénouement qui a nourri, dans le débat public algérien, l’expression de « dahdouhisme » pour désigner les mises en scène d’aveux fabriqués destinées à détourner l’attention des difficultés politiques du pouvoir.
Le même schéma s’était reproduit le 14 août 2024, jour pour jour deux ans avant la diffusion de la vidéo la plus récente, lorsque la télévision publique avait présenté de prétendues révélations sur un projet du MAK visant à perturber la réélection d’Abdelmadjid Tebboune.
Pour les critiques du régime algérien, l’ajout systématique d’une dimension « étrangère » (ici marocaine) à ces récits répond à un objectif précis : faire porter la responsabilité du désaveu électoral sur un agenda extérieur plutôt que sur un rejet interne du système politique. La récurrence de ce procédé, documentée sur plusieurs cycles électoraux depuis 2021, en fait moins un événement isolé qu’un outil de communication de crise récurrent pour un pouvoir confronté, scrutin après scrutin, à l’effondrement de sa participation électorale, en particulier en Kabylie.
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