Le scrutin législatif algérien de jeudi dernier restera comme un nouveau jalon dans l’effondrement continu de la participation électorale. Selon les informations rapportées par Adlène Meddi pour Le Point, correspondant à Alger, le taux officiel et provisoire s’établit à 20,79%, confirmant une tendance amorcée il y a près de trente ans.
D’après les données citées par Le Point, la participation était de 65,6% en 1997, avant de s’effondrer à 46,1% en 2002, puis 35,5% en 2007. Une timide remontée à 43,1% a été observée en 2012, avant une nouvelle chute à 35,7% en 2017. Le scrutin post-Hirak de 2021 avait déjà marqué un record de désaffection avec 23,03% de participation. Le résultat de cette année s’inscrit donc dans la continuité de cette érosion.
Face à ce constat, les interprétations divergent selon les acteurs cités par Le Point. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti d’opposition qui avait boycotté le scrutin de 2021 mais a choisi cette fois d’y participer, estime que ce scrutin révèle la faillite d’un pouvoir qui ne gouverne plus que par le verrouillage des libertés et la répression des voix dissidentes. Le parti va jusqu’à affirmer, selon les propos rapportés par Le Point, que « lorsqu’un peuple refuse de participer à une consultation électorale, ce n’est pas la démocratie qui est rejetée, mais sa négation. »
Cette lecture s’oppose à celle défendue par les médias proches du pouvoir. Le quotidien conservateur Echourrouk, toujours selon Le Point, retourne l’accusation contre les partis politiques eux-mêmes, jugeant qu’ils ont échoué à convaincre les électeurs et que la responsabilité de la faible participation repose exclusivement sur eux, non sur les autorités. Un raisonnement qui, selon l’article du Point, permet au pouvoir de se dédouaner entièrement de sa propre défaite de légitimité.
D’autres voix de l’opposition, citées par Le Point, pointent directement les responsabilités du régime dans l’organisation même du scrutin. Zoheir Rouis, vice-président de Jil Jadid, souligne que le rejet massif de candidatures a fragilisé la crédibilité du processus. Le Point rappelle qu’environ un tiers des onze mille candidats ont été écartés par les autorités, notamment pour soupçons d’affairisme, un filtrage qui a directement pesé sur la mobilisation électorale.
Sofiane Djilali, ancien président de Jil Jadid, propose l’analyse sans doute la plus fine du phénomène, rapportée par Le Point : il distingue l’apathie électorale de la simple indifférence citoyenne, y voyant l’expression d’un jugement politique implicite porté sur le régime. Selon lui, une large partie des Algériens ne rejette pas l’idéal démocratique, mais a acquis la conviction que voter ne change rien à une décision déjà arrêtée en amont.
Le Point évoque également, à travers un cadre de l’opposition resté anonyme, un système qui ne tolère la politique qu’à l’occasion des élections avant de refermer aussitôt tout espace de contestation. L’article documente plusieurs suspensions de partis jugés trop critiques : le Mouvement démocratique et social (MDS), suspendu depuis 2023, dont le coordinateur Fethi Ghares a été condamné à deux ans de prison pour outrage au président, ainsi que le Parti socialiste des travailleurs (PST), suspendu depuis 2022.
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