Le récent documentaire de France 2, « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », diffusé le 22 janvier 2026, lève le voile sur des pratiques qui interrogent gravement la nature du régime algérien et son rapport aux libertés fondamentales. Au-delà de la crise diplomatique qui secoue les relations franco-algériennes, ce sont les méthodes autoritaires du pouvoir d’Alger qui méritent un examen critique approfondi. L’un des aspects les plus préoccupants révélés par l’enquête concerne les pressions exercées par les services de renseignement algériens sur le territoire français. Selon une note du contre-espionnage français évoquée dans le documentaire, une conseillère municipale franco-algérienne aurait subi en novembre 2024 un interrogatoire de deux heures mené par un agent des renseignements algériens au consulat de Créteil. Son « crime » ? Avoir inauguré une plaque de rue à la gloire du chanteur kabyle Lounès Matoub en mentionnant uniquement sa qualité de Kabyle et non sa nationalité algérienne.
Cette affaire illustre une réalité inquiétante. Le régime algérien considère que ses citoyens, même binationaux résidant en France, restent sous son contrôle. L’intimidation d’élus de la République française par des services étrangers constitue une ingérence inacceptable dans la souveraineté d’un État démocratique.
Le documentaire met également en lumière le sort des opposants algériens réfugiés en France. Le caricaturiste Ghilas Ainouche témoigne des pressions et menaces qu’il continue de subir malgré son statut de réfugié. Les autorités algériennes lui auraient proposé à plusieurs reprises d’annuler sa condamnation à dix ans de prison en échange de sa soumission au gouvernement.
Cette politique de harcèlement s’étend bien au-delà des frontières nationales, transformant les consulats en instruments de surveillance et d’intimidation. Les services de renseignement algériens n’hésiteraient pas à contacter des opposants exilés pour les « persuader » de collaborer en fournissant des informations sur d’autres militants, en échange de la possibilité de rentrer en Algérie sans représailles.
Au-delà de la répression directe, le régime algérien déploie une véritable guerre de l’information. La propagation de rumeurs absurdes de part et d’autre de la Méditerranée – comme les prétendues « bûches de Noël traquées en Algérie » ou le « couscous interdit en France » – révèle une stratégie délibérée visant à instrumentaliser les tensions et à mobiliser le sentiment nationaliste.
Cette bataille des récits permet au pouvoir algérien de détourner l’attention des véritables problèmes du pays : l’émigration massive des jeunes, les difficultés économiques, les restrictions des libertés. En désignant la France comme bouc émissaire, le régime tente de masquer ses propres défaillances et de renforcer sa légitimité auprès d’une population de plus en plus désabusée.
La condamnation du journaliste français Christophe Gleizes, l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, et la multiplication des tensions diplomatiques révèlent un pouvoir algérien incapable de supporter la critique. Toute voix dissidente, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur, est perçue comme une menace existentielle.
Cette intolérance s’inscrit dans un contexte plus large de recul des libertés en Algérie. La presse indépendante est muselée, les opposants politiques sont harcelés, et la société civile est sous surveillance constante. Le régime s’appuie sur un discours victimaire et anti-colonial pour justifier son autoritarisme et ses dérives.
Les révélations sur les pressions exercées contre des élus d’origine algérienne en France soulèvent une question fondamentale : jusqu’où le régime algérien est-il prêt à aller pour contrôler sa diaspora ? En rappelant aux Franco-Algériens qu’ils ont le « devoir de prendre parti pour l’Algérie », les services de renseignement cherchent à transformer la double nationalité en un instrument de chantage et de soumission.
Cette politique met les binationaux dans une situation intenable, les contraignant à choisir entre leur loyauté envers leur pays de résidence et les pressions d’un régime qui refuse de les laisser s’émanciper.
La crise actuelle entre la France et l’Algérie n’est pas simplement un différend diplomatique passager. Elle révèle la nature profondément autoritaire d’un régime qui ne tolère aucune contradiction, qui poursuit ses opposants au-delà de ses frontières, et qui préfère l’escalade médiatique au dialogue constructif.
Comme le souligne le documentaire de France 2, cette situation pose une question essentielle : comment deux pays peuvent-ils renouer un dialogue apaisé quand l’un d’eux refuse les principes fondamentaux de l’État de droit et de la liberté d’expression ?
Le régime algérien doit comprendre qu’à l’ère de la mondialisation et de la libre circulation de l’information, l’intimidation et la propagande ne peuvent remplacer les réformes démocratiques et le respect des droits humains. La véritable indépendance d’un pays ne se mesure pas à sa capacité à museler ses critiques, mais à sa capacité à construire une société libre et prospère pour ses citoyens.
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