Des experts africains ont plaidé, mercredi à Rabat, lors d’un atelier organisé en marge de la Conférence sur la conception et la technologie pénitentiaires (PDTC-2026), pour une humanisation de l’univers carcéral, intégrant à la fois les détenus et le personnel pénitentiaire.
« L’Afrique peut devenir un laboratoire d’innovation en matière de transformation des systèmes carcéraux », ont souligné les participants à cette rencontre tenue sous le thème « Vers une réforme pénitentiaire africaine intégrée, humaine et résiliente », mettant l’accent sur l’impératif d’une mutation profonde axée sur l’humanisation et la sécurisation des lieux de détention.
S’exprimant à cette occasion, l’expert en neurosciences, Mohamed Zied Hadhri (Tunisie), a mis en garde que près de 70 % des projets de transformation des systèmes pénitentiaires « échouent » en raison d’un décalage entre les décisions prises et la réalité du terrain, ajoutant que l’approche verticale de prise de décision (Top-Down) ignore la dimension humaine au sein des établissements pénitentiaires, considérés comme des « systèmes vivants régis par des comportements et des dynamiques complexes ».
De même, il a insisté sur la nécessité d’intégrer la neuroscience dans les stratégies de réforme du système pénitentiaire, expliquant que les conditions de détention et de stress plongent le cerveau dans un « mode survie », rendant inefficaces les approches disciplinaires classiques.
Pour sa part, l’architecte Amine Dhaouadi (France), a mis en avant l’importance de l’organisation des espaces dans la conception des établissements pénitentiaires, comme étant un levier de régulation des comportements et d’amélioration des conditions de vie au sein du milieu carcéral.
S’agissant du volet financier, le directeur de la planification et du développement du Service pénitentiaire du Kenya, Dan Obiero, a relevé, lors d’un atelier sur « les partenariats public-privé (PPP) comme modèle de financement durable pour le développement des infrastructures pénitentiaires en Afrique », l’urgence de mobiliser des ressources pour combler le retard infrastructurel dont souffre le continent africain.
Les systèmes pénitentiaires bénéficient généralement de budgets limités, les priorités étant souvent orientées vers d’autres secteurs, a-t-il fait observer, estimant que la poursuite des tendances actuelles pourrait compromettre la capacité des États à assurer des conditions de détention dignes et à favoriser la réinsertion sociale des détenus.
Lors de cette première journée, d’autres ateliers ont planché sur les expériences internationales en matière de gestion pénitentiaire, notamment au Rwanda, au Zimbabwe, en Namibie, au Kenya, en Hongrie, en Belgique, ainsi que dans les pays scandinaves.
Organisée conjointement par l’Association internationale des services correctionnels et pénitentiaires (ICPA) et la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), la PDTC 2026 est le premier forum mondial dédié à l’intersection entre la conception des établissements pénitentiaires, la planification des infrastructures et l’utilisation responsable des technologies. Elle réunit des expertises issues de différents secteurs afin de promouvoir des systèmes correctionnels plus sûrs, plus humains et tournés vers l’avenir.
Machahid24.com L'info Du Grand Maghreb