mercredi , 22 juillet 2026

Incendies en Algérie : un État qui peine à protéger sa population, un régime qui s’enferme dans l’isolement

Six morts. C’est le bilan communiqué mardi 21 juillet 2026 par le ministère algérien de l’Intérieur, alors que plusieurs wilayas du nord du pays sont ravagées par une nouvelle vague d’incendies. Le communiqué officiel se veut rassurant : recensement des dégâts en cours, indemnisation promise aux sinistrés, moyens « humains, matériels et aériens » mobilisés. Mais derrière cette communication institutionnelle, un constat plus dérangeant s’impose, année après année : l’État algérien peine structurellement à protéger ses citoyens face aux feux de forêt, et le régime persiste dans un isolement diplomatique qui aggrave sa vulnérabilité. Le communiqué du ministère de l’Intérieur évoque des « moyens aériens » mobilisés contre les incendies. Dans les faits, l’Algérie ne dispose toujours d’aucun Canadair, l’avion bombardier d’eau devenu la référence mondiale de la lutte anti-incendie. Le pays s’appuie sur des Air Tractor AT-802, des appareils agricoles reconvertis, ainsi que sur quelques hélicoptères empruntés à la Protection civile ou à l’armée.

Ce choix interroge d’autant plus qu’il ne relève pas d’un manque de ressources budgétaires. Pour la seule année 2026, Alger consacre 25 milliards de dollars à son budget de défense, soit environ 20,6 % de l’ensemble du budget national, un cinquième des ressources publiques englouties dans l’armement, quand la lutte contre les feux de forêt repose sur des moyens de fortune.

Cette vulnérabilité structurelle n’a rien de nouveau. En août 2021, des incendies avaient fait au moins 69 morts dans le nord du pays, notamment en Kabylie. Le politologue Kader Abderrahim, interrogé à l’époque sur franceinfo, avait résumé la situation en des termes sans détour : l’Algérie était alors « totalement débordée », et « l’isolement diplomatique » du régime ne lui avait « pas permis d’agir comme il le fallait » face à la catastrophe.

Le paradoxe est resté frappant : si Alger avait accepté l’aide de la France, elle avait laissé sans réponse la proposition du Maroc, qui avait pourtant mobilisé deux Canadair et présenté ses condoléances au peuple algérien. Le président Tebboune avait lui-même reconnu, le 12 août 2021, que plusieurs pays européens avaient snobé ses appels de détresse, sans que cela ne conduise à une réévaluation de la politique de fermeture vis-à-vis du voisin marocain, pourtant en mesure d’apporter une aide immédiate.

Cinq ans plus tard, les mêmes lacunes semblent se répéter : mobilisation de moyens limités une fois le feu déclaré, promesses d’indemnisation a posteriori, mais peu de signes d’une refonte des capacités de prévention ou d’une ouverture vers la coopération régionale susceptible de renforcer la réponse algérienne face à des étés de plus en plus chauds et secs. Il convient de noter que le ministère de l’Intérieur affirme, pour cet épisode de juillet 2026, avoir mobilisé des moyens aériens et humains, la question reste de savoir si ces moyens sont à la hauteur du risque, et si des propositions d’aide extérieure ont, cette fois encore, été sollicitées ou acceptées.

Ce qui se dessine, au fil des étés, c’est moins l’absence d’une volonté de secourir la population que l’incapacité d’un système à se projeter au-delà de l’urgence immédiate et une doctrine diplomatique qui continue de faire primer les rivalités régionales, notamment avec le Maroc, sur l’intérêt sanitaire et sécuritaire immédiat de la population algérienne sinistrée.

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