Habitué à verrouiller toute question dérangeante, le régime algérien a de nouveau choisi le silence plutôt que la transparence. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est rendu à Berlin pour un déplacement officiel de deux jours, sa toute première visite en Allemagne depuis son accession au pouvoir fin 2019. Interrogé sur le dossier du journaliste français Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie depuis plus d’un an, Tebboune a esquivé le sujet, expliquant qu’il ne se prononcerait sur une éventuelle grâce présidentielle qu’une fois de retour sur le territoire algérien.
Officiellement, cette visite visait avant tout à consolider les liens entre Alger et Berlin, avec des discussions centrées sur les volets diplomatique, économique et énergétique, notamment autour du corridor SoutH2, destiné à exporter de l’hydrogène vert nord-africain vers l’Europe.
Mais l’affaire Gleizes s’est invitée en toile de fond des échanges. Condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme, le collaborateur des revues So Foot et Society avait renoncé en mars à son pourvoi en cassation, dans l’espoir d’ouvrir la voie à une grâce. Son entourage misait sur une intervention allemande, sur le modèle du rôle joué par Berlin dans la libération de l’écrivain Boualem Sansal, une hypothèse également évoquée du côté espagnol par la famille du journaliste.
Malgré ces attentes et les démarches engagées par plusieurs capitales européennes, aucune annonce n’est venue clore la visite. Le président algérien a quitté l’Allemagne sans évoquer davantage ce dossier, tandis que le chancelier Friedrich Merz s’apprêtait à recevoir Emmanuel Macron pour une nouvelle séquence diplomatique franco-allemande.
Ce silence prolongé s’inscrit dans une tendance plus large du pouvoir algérien, régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense de la presse pour son traitement des journalistes et des voix critiques. L’affaire Gleizes n’est pas un cas isolé : Alger a multiplié ces dernières années les procédures judiciaires contre des figures médiatiques, souvent sur la base de qualifications pénales larges comme l’apologie du terrorisme ou l’atteinte à la sûreté de l’État, un arsenal juridique que plusieurs ONG jugent taillé pour museler la contestation plutôt que pour répondre à de véritables impératifs sécuritaires. Le choix du président Tebboune de renvoyer systématiquement toute décision de grâce au seul cadre judiciaire national, y compris lors de déplacements où la pression diplomatique aurait pu peser en sa faveur, illustre la manière dont le régime cherche à se prémunir de concession obtenue sous influence étrangère, quitte à laisser perdurer des situations humaines difficiles.
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