mardi , 14 juillet 2026

Sánchez à Alger : tout se négocie, sauf le Sahara, il est et il reste marocain

Lundi 20 juillet 2026, Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol, posera ses valises à Alger. Une visite de travail, présentée du côté algérien comme un geste d’apaisement après des années de brouille. Mais avant même que l’avion espagnol n’atterrisse, une chose est déjà entendue : le chef du gouvernement espagnol ne viendra rien lâcher sur le Sahara occidental marocain. Sur ce dossier précis, celui-là même qui avait déclenché la fureur algérienne en 2022, Madrid ne bougera pas d’un pouce. Et c’est peut-être là le vrai sujet de cette visite : un pouvoir algérien qui renoue le dialogue avec un partenaire dont il sait, par avance, qu’il n’obtiendra rien sur le fond.

Rappel des faits. En mars 2022, Madrid change de doctrine, reconnait la souveraineté marocaine sur son Sahara et apporte son soutien officiel au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. La réaction algérienne ne se fait pas attendre : rappel d’ambassadeur, gel des relations, puis, en juin de la même année, suspension pure et simple du traité d’amitié et de coopération signé vingt ans plus tôt. Le discours officiel se veut solennel, presque grandiloquent, accusant l’Espagne de trahir ses obligations envers l’ONU en matière de décolonisation. Le message se voulait sans appel : quiconque reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara s’expose aux foudres d’Alger.

Sauf que cette punition, censée faire plier Madrid, n’a strictement rien changé à la position espagnole. Quatre ans plus tard, l’Espagne soutient toujours, sans ambiguïté, le plan d’autonomie marocain. Et c’est bien Alger qui, la première, a dû revenir à la table des négociations : dès novembre 2023, à peine dix-sept mois après la rupture, l’Algérie renvoyait un ambassadeur à Madrid. Un rétropédalage feutré, jamais assumé comme tel, mais qui en dit long sur le rapport de force réel entre les deux discours.

Le plus révélateur, dans cette séquence, c’est que personne à Madrid ne laisse entendre, même du bout des lèvres, que la position espagnole sur le Sahara pourrait évoluer à l’occasion de cette visite. Les rencontres préparatoires entre les deux diplomaties, notamment celle de mars dernier entre le chef de la diplomatie espagnole et le président algérien, ont porté sur la réactivation du cadre de coopération bilatérale, pas sur une remise en cause du soutien espagnol au plan marocain. Autrement dit, Alger accepte de dérouler le tapis rouge pour un chef de gouvernement dont la ligne sur le dossier qui avait motivé la rupture reste, très exactement, celle qui avait provoqué sa colère en 2022. Preuve, s’il en fallait une, que la rupture initiale n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau diplomatique.

Ce qui frappe, dans cette séquence, ce n’est pas tant le rapprochement en cours que l’absence totale de résultat obtenu par la rupture initiale. Le pouvoir algérien a mobilisé son appareil diplomatique, suspendu un traité vieux de deux décennies, pris le risque d’abîmer une relation économique et énergétique substantielle, pour finalement revenir à la case départ, sans avoir arraché la moindre inflexion sur le fond. Le président algérien avait pourtant été catégorique à l’époque, accusant Madrid d’avoir violé ses obligations de puissance administrante du Sahara occidental. Une rhétorique qui n’a manifestement convaincu personne à Madrid, et encore moins fait plier qui que ce soit.

Ce schéma n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une constante de la diplomatie algérienne : transformer chaque désaccord régional en bras de fer identitaire, quitte à s’isoler soi-même. Rupture, rappel d’ambassadeur, fermeture d’espace aérien, suspension de traité, ces réflexes sont devenus, ces dernières années, la grammaire première d’une diplomatie qui semble davantage soucieuse de nourrir un récit interne, celui d’un État intransigeant et gardien inflexible d’une cause qui n’a jamais existé, que d’obtenir des résultats tangibles sur la scène internationale.

C’est précisément parce que cette stratégie de la rupture ne fonctionne pas qu’Alger se retrouve, régulièrement, contrainte de revenir vers les partenaires qu’elle a elle-même écartés, sans condition ni contrepartie. Avec Madrid, le scénario reste identique du début à la fin : sanction spectaculaire, isolement de courte durée, puis normalisation discrète pendant que l’autre camp, lui, n’a rien cédé sur le fond. Un pragmatisme de façade qui masque mal l’échec de la ligne dure initiale.

Cette manière de faire a un coût, largement supporté par l’Algérie elle-même : des années de relations économiques dégradées, des investissements espagnols freinés, une image de partenaire imprévisible pour les capitales européennes, qui observent depuis Bruxelles ou Madrid la facilité avec laquelle Alger rompt puis renoue, sans qu’aucune de ces ruptures n’ait jamais produit l’effet recherché. Le 20 juillet, en recevant Pedro Sánchez, le pouvoir algérien scelle donc moins une victoire diplomatique qu’un aveu implicite : celui d’avoir sacrifié, pendant plus de quatre ans, une relation stratégique pour un totem qui n’a convaincu personne au-delà de ses propres frontières.

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