Le Stimson Center, l’un des think tanks les plus respectés de Washington, vient de publier un rapport pays consacré au Maroc qui dresse un tableau saisissant de la trajectoire diplomatique du royaume. Le constat est sans ambiguïté : le Maroc n’est plus seulement un État tampon entre l’Europe et l’Afrique. Il est devenu un acteur stratégique et proactif, capable de peser simultanément sur plusieurs échiquiers.
Sahara marocain : une dynamique diplomatique irréversible
Le rapport place la question du Sahara marocain au cœur de l’analyse géopolitique du royaume, et le bilan est éloquent. La résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en octobre 2025, consacre désormais le plan d’autonomie marocain comme base principale de tout règlement politique, ce que le Stimson Center qualifie de «victoire multilatérale significative» pour Rabat. Sur le continent africain, 31 États soutiennent publiquement ce plan, et près d’une vingtaine ont ouvert des consulats dans les provinces du Sud, signal fort d’un soutien qui se traduit en actes concrets. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine, acquise en 2020 et confirmée par l’administration Biden, est présentée comme un «changement substantiel» par rapport au consensus international antérieur — un acquis diplomatique de premier ordre que Washington ne semble pas disposé à remettre en cause.
Washington, Bruxelles, Addis-Abeba : un triangle d’alliances consolidé
Avec les États-Unis, la relation est dense et multidimensionnelle. Le Maroc est Major Non-NATO Ally, bénéficie d’un accord de libre-échange en vigueur depuis 2006, et conduit régulièrement avec l’armée américaine les exercices African Lion, parmi les plus importants du continent. La coopération antiterroriste et le partage de renseignements sont présentés comme des piliers stables de ce partenariat, indépendamment des alternances politiques à la Maison-Blanche.
Avec l’Union européenne, le Maroc jouit d’un statut «avancé» unique dans la politique de voisinage européenne. L’UE représente 68 % des exportations marocaines et demeure le premier investisseur du pays. En 2025, l’UE a mobilisé près de 233 millions d’euros en appui budgétaire aux réformes nationales, et le lancement du nouveau Pacte pour la Méditerranée en novembre 2025 a encore renforcé ce partenariat stratégique. Sur le plan africain, le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017 s’est révélé payant : Rabat y conteste activement la reconnaissance de la prétendue RASD, dont le soutien s’effrite — seuls 15 des 54 membres de l’UA lui conservent encore une reconnaissance formelle.
L’Algérie, otage de ses propres postures
À l’opposé de cette dynamique d’ouverture, le rapport du Stimson Center dresse un portrait sévère de la situation algérienne. Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en 2021, fermé son espace aérien aux avions marocains, et imposé des visas aux citoyens du royaume en 2024. Mais c’est surtout dans le Sahel que l’isolement algérien est le plus visible : les relations d’Alger avec le Mali et l’Alliance des États du Sahel se sont sérieusement dégradées, tandis que le Maroc maintient des liens solides avec ces mêmes pays. L’Union du Maghreb arabe reste fonctionnellement paralysée. Le think tank américain note avec intérêt que l’Algérie, inquiète de potentielles sanctions américaines liées à ses achats d’armements russes, a montré des signaux d’ouverture envers Washington — signe d’une vulnérabilité stratégique croissante. Dans ce contexte, l’invitation lancée par le roi Mohammed VI au président Tebboune pour «un dialogue sincère et fraternel» apparaît moins comme une concession que comme une démonstration de confiance et de hauteur de vue.
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