jeudi , 11 juin 2026

Un siège vide à la Coupe du monde pour le journaliste Christophe Gleizes emprisonné à Alger : La honte algérienne face au monde entier

Pendant que des milliards de téléspectateurs vibrent pour le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le régime d’Alger, lui, maintient en prison un journaliste dont le seul crime est d’avoir aimé le football algérien.

Ce mercredi, la FIFA a délivré une accréditation officielle (numéro 00980549) au journaliste français Christophe Gleizes, détenu depuis plus d’un an en Algérie, l’autorisant à couvrir l’ensemble de la compétition pour le magazine So Foot. Geste symbolique, certes. Mais symbole d’une puissance rare : devant la presse du monde entier réunie à Mexico, le président de la FIFA Gianni Infantino a déclaré : « Il y a un siège libre, c’est celui de Christophe Gleizes qui est le seul journaliste sportif emprisonné dans le monde. ».

Il faut rappeler les faits, parce qu’ils sont proprement scandaleux. Christophe Gleizes, collaborateur des magazines So Foot et Society, s’était rendu en Algérie en mai 2024 pour réaliser un reportage sur les heures de gloire de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) dans les années 1980. Pas un espion. Pas un militant. Un journaliste sportif de 37 ans, passionné de football africain, venu raconter une belle histoire.

Il a été arrêté le 28 mai 2024 et placé sous contrôle judiciaire, accusé de « glorifier le terrorisme » et de « posséder des publications à des fins de propagande nuisibles aux intérêts nationaux ». Des accusations fondées sur quoi ? Des échanges datant de 2015 et 2017 avec une figure du football kabyle liée au MAK — une organisation classée « terroriste » par les autorités algériennes seulement en 2021. En clair : le régime algérien applique rétroactivement ses propres lois liberticides pour criminaliser le travail journalistique.

En appel, la peine de sept ans de prison ferme a été confirmée. Le parquet avait même réclamé dix ans. Et un procureur a osé déclarer à la barre : « L’accusé n’est pas venu en Algérie pour accomplir un travail journalistique, mais pour commettre un acte hostile. » Une phrase qui en dit long sur la façon dont Alger conçoit la presse libre : comme une menace.

L’affaire Gleizes n’est pas une anomalie. Elle est le reflet d’un système. En Algérie, la liberté de la presse est confrontée à de nombreuses lignes rouges : le simple fait d’évoquer la corruption ou la répression des manifestations peut valoir aux journalistes menaces et interpellations. Les médias indépendants sont sous pression, les journalistes sont régulièrement emprisonnés ou poursuivis, et plusieurs sites Internet sont bloqués.

Les chiffres sont accablants. En mai 2026, RSF classe l’Algérie à la 145e place sur 180 pays — une chute brutale de 19 rangs en un an. Derrière le Rwanda, derrière la Libye. Depuis 2020, plusieurs journalistes algériens ont été poursuivis sous des articles du code pénal relatifs à « l’atteinte au moral de l’armée » ou à la « diffusion de fausses informations » — des dispositions régulièrement dénoncées par RSF et le Comité de protection des journalistes.

Le régime de Tebboune a perfectionné l’art d’utiliser la loi antiterroriste comme bâillon. Ce que la Russie de Poutine fait avec ses journalistes, l’Algérie le fait avec les siens et avec ceux qui viennent de l’étranger.

Aujourd’hui, la procédure judiciaire est close. Le rejet du pourvoi en cassation déposé par le parquet a levé le dernier obstacle juridique à une éventuelle grâce présidentielle. Abdelmadjid Tebboune peut libérer Christophe Gleizes d’un trait de plume. Il n’a aucune raison de ne pas le faire, sauf à vouloir continuer d’afficher cette honte sur la scène mondiale.

Ses parents, Sylvie et Francis Godard, ont remercié la FIFA pour son soutien tout en adressant un appel direct au président algérien, estimant que « sa libération est dans l’intérêt de tous ». Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a, lui, affirmé se mobiliser « à tous les niveaux, jusqu’au président de la République ».  Le monde du football a parlé. La diplomatie française a parlé. La FIFA a parlé. Tandis que Alger se tait et maintient un journaliste derrière les barreaux pendant que la plus grande fête du football de la planète se déroule sans lui. Un siège vide. Une honte durable.

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