lundi , 25 mai 2026

« 10 000 euros pour le tuer » : comment Alger a commandité un assassinat politique en plein cœur de Paris

Quatre arrestations à Paris viennent de lever un coin du voile sur les méthodes criminelles d’un pouvoir aux abois, prêt à tout pour réduire ses opposants au silence, jusque dans les rues de France… Le 23 mai 2026, la justice française a inculpé quatre hommes soupçonnés d’avoir fomenté, en février 2025, une tentative d’assassinat contre Hichem Aboud, journaliste algérien en exil et ancien officier, installé à Roubaix, dans le nord de la France. Trois d’entre eux répondent de tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Le quatrième est poursuivi pour complicité et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Tous sont écroués.

Ces arrestations, aussi tardives soient-elles, l’attaque remonte à plus d’un an, révèlent une réalité que beaucoup refusaient encore d’admettre : le pouvoir d’Alger exporte sa répression sur le territoire européen, avec le sang-froid d’un État qui se croit au-dessus de toute loi internationale.

Les faits sont d’une brutalité déconcertante dans leur banalité criminelle. C’est presque par accident que l’affaire a été éventée : des enquêteurs de la DGSI, travaillant sur le braquage d’un musée près de Lyon en novembre 2024, sont tombés sur un groupe de discussion crypté via Signal. Au fil de leurs investigations, ils ont remonté la chaîne jusqu’à un « contrat sur la tête » de M. Aboud. Le prix de sa vie : 10 000 euros. Une somme dérisoire pour liquider un homme. Une somme qui en dit long sur le mépris qu’inspire à ses commanditaires la vie d’un opposant.

L’équipe chargée de l’exécution s’était rendue à Roubaix avec une consigne simple : tuer, et une adresse. Si la cible n’était pas présente ce jour-là, si Hichem Aboud a survécu, ce n’est pas parce que le système a failli, c’est par un simple concours de circonstances. Le plan était fin prêt. Les exécutants étaient là.

Hichem Aboud n’est pas n’importe qui. Ancien officier de l’armée algérienne reconverti en journaliste d’investigation, il est l’une des voix les plus acérées contre le régime militaire d’Alger. Depuis son exil en France, il décortique, dénonce, documente les dérives d’un pouvoir qui ne supporte ni la transparence ni la contradiction.

C’est précisément pour cela qu’on a voulu le tuer.

Car c’est bien là le fond de l’affaire : un État qui envoie des tueurs à gages sur le sol d’un pays souverain, allié, partenaire diplomatique, pour faire taire une plume dérangeante. Un État qui traite ses opposants en cibles militaires, même à 2 000 kilomètres de ses frontières. Un État qui n’hésite pas à instrumentaliser de jeunes Français, âgés de 19 à 22 ans, probablement recrutés dans les marges de la société, comme chair à canon d’une vengeance politique.

Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une information judiciaire en mars 2026, soit plus d’un an après les faits. Ce délai lui-même interroge. Dans quel autre contexte aurait-on attendu si longtemps avant de qualifier officiellement de terroriste une tentative d’assassinat politique sur le territoire national ?

Lors de l’audience de placement en détention, le procureur a évoqué « de nombreuses investigations encore à effectuer » et surtout « beaucoup de mensonges et d’entraves dans cette enquête ». Des entraves. Le mot est lâché. Qui entrave une enquête antiterroriste en France ? Des suspects de 20 ans recrutés dans une banlieue ? Ou des filières organisées, protégées, ayant intérêt à ce que la lumière ne soit jamais faite ?

Une cinquième personne, interpellée puis relâchée sans poursuite, illustre la complexité et peut-être les limites, de l’enquête en cours. Les commanditaires, eux, coulent probablement des jours tranquilles à Alger.

Ce qui scandalise autant que les faits eux-mêmes, c’est le silence diplomatique qui les entoure. Aucune convocation de l’ambassadeur algérien à Paris. Aucune déclaration ferme du Quai d’Orsay. Aucune remise en question sérieuse des relations franco-algériennes, déjà malmenées, certes, mais jamais au point de mettre sur la table le sujet des assassinats politiques commandités depuis Alger.

L’Europe, qui se gargarise de défense des droits humains et de protection des réfugiés, observe en silence un régime allié liquider ses opposants sur son propre sol. On protège des journalistes biélorusses, on condamne les persécutions russes contre les exilés, mais quand c’est Alger, on regarde ailleurs.

Ce qui transparaît derrière cette tentative d’assassinat grossièrement organisée, c’est avant tout la panique d’un régime à bout de souffle. Un pouvoir fort n’a pas besoin de commander le meurtre d’un journaliste exilé. Un système sûr de lui ne tremble pas devant une chaîne YouTube ou un article à charge. Si Alger en est réduit à envoyer des tueurs à 10 000 euros pourchasser ses opposants dans les banlieues françaises, c’est qu’il a profondément peur.

Peur des mots. Peur de la vérité. Hichem Aboud est vivant. L’enquête suit son cours. Et le régime algérien vient, peut-être malgré lui, d’offrir au monde la démonstration la plus crue de sa vraie nature.

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