L’accueil de la Coupe d’Afrique des nations par le Maroc dépasse largement un simple événement sportif. C’est plutôt la concrétisation d’une vision réfléchie, transformant un secteur autrefois secondaire en instrument de rayonnement géopolitique et d’influence régionale. La reconnaissance qu’elle reçoit aujourd’hui du sommet de l’institution continentale le confirme avec éloquence. À la veille du match décisif opposant les Lions de l’Atlas au Sénégal, le patron de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, exprime sans détour que cette CAN reste «la meilleure de toutes les éditions». Transport, hébergement, équipements sportifs, terrains de préparation, chaque dimension de l’organisation prime sur toutes les éditions précédentes. Ce jugement revêt un poids politique considérable. Il émane de celui qui supervise l’attribution des tournois futurs, transformant le Maroc en référence obligée pour toute nation aspirant à accueillir cette compétition. Le remerciement public adressé à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, au gouvernement marocain et à la Fédération royale marocaine de football souligne cette consécration officielle. Le Maroc a franchi un cap qualitatif que ses prédécesseurs n’avaient jamais atteint. Placer le Maroc au sommet de cette hiérarchie historique représente bien plus qu’un compliment protocolaire, c’est une validation de stratégie d’État et une redéfinition des normes continentales.
Entre 2009 et 2025, le Maroc a entrepris une refondation complète de son écosystème footballistique. Cette mutation résulte d’une réflexion engagée au plus haut niveau politique, transcendant les fluctuations électorales et administratives ordinaires.
Au cœur de cette stratégie se trouve l’Académie Mohammed VI, institution créée sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Implantée à Salé depuis 2009 sur un périmètre de 17 hectares, cette structure fonctionne comme un vivier permanent de détection et de développement, commençant dès les plus jeunes âges. Ses résultats parlent d’eux-mêmes : plusieurs des joueurs ayant porté le maillot national jusqu’en demi-finale mondiale 2022 en sont originaires. Elle produit régulièrement des internationaux de haut niveau.
Mais cette académie n’opère pas en isolat. Elle s’inscrit dans un programme infrastructurel massif : rénovation de stades majeurs, construction de complexes modernes sur tout le territoire, équipements d’entraînement de calibre international. Ces réalisations deviennent possibles grâce à des synergies public-privé remarquables.
À mesure que les infrastructures se construisaient, les performances sportives fournissaient une validation populaire au projet. Le moment charnière survient lors de la Coupe du monde 2022, quand l’équipe nationale atteint les demi-finales, une première africaine. Bien que la victoire finale demeure inaccessible, ce parcours métamorphose la perception du football marocain à l’échelle continentale et mondiale.
Le changement psychologique qui en découle est tangible. Ce qui n’était qu’aspiration devient réalité vécue. Les Lions de l’Atlas s’imposent comme force élite du football africain. Les chiffres le confirment : séries de victoires consécutives en équipe principale, domination dans les compétitions de sélections jeunes (titre mondial U20 en 2025), présence répétée dans les finales féminines.
L’organisation de la CAN 2025 incarne l’aboutissement tactique de cette trajectoire. Neuf enceintes, dispersées dans six agglomérations, offrent une démonstration matérielle des capacités de développement marocain. Les nouveaux stades—tel celui de Rabat—fonctionnent comme vitrines d’une modernité technologique et architecturale.
Économiquement, l’impact dépasse les tournois antérieurs. Les revenus générés surpassent largement les éditions précédentes, les partenariats commerciaux s’élargissent aux quatre coins du monde, attirant des investisseurs de continents variés.
Or, ce qui confère à cet événement sa dimension transformatrice, c’est que les standards marocains deviennent progressivement la doctrine officielle de l’institution continentale elle-même. Le dirigeant de la CAF énonce un principe fondamental : les capacités d’infrastructure constituent un élément non-négociable du développement footballistique africain. Cette affirmation dépasse la simple observation. Elle remodèle les critères d’attribution des futurs tournois. Implicitement, le Maroc s’impose comme référence en matière d’excellence organisationnelle.
Cette ambition s’étend au-delà de la CAN traditionnelle. Une nouvelle compétition continentale est en gestation : elle réunira l’ensemble des 54 nations africaines en 2029, au format régional avec éliminations progressives couronnées par un championnat final. Contrairement aux tournois ordinaires, elle se déroulera durant les fenêtres de préparation officielles reconnues par la FIFA, garantissant la participation des plus grands talents.
Le dirigeant de la CAF esquisse les appariements prestigieux que cette architecture permettra : les derbies régionaux—rivalités entre nations voisines—acquerront une dimension nouvelle, transformant des confrontations ordinaires en événements continentaux majeures. Des affrontements East-africains aux rivalités ouest-africaines, en passant par les confrontations du Maghreb, le potentiel sportif et commercial de cette formule dépasse de loin ce qu’on observe habituellement.
Cette annonce révèle que le Maroc n’influence pas seulement l’organisation opérationnelle de la CAN, mais redéfinit la vision institutionnelle de la CAF pour les années 2020-2030. Le royaume devient catalyseur d’une réflexion continentale sur comment élever les standards de compétition, professionnaliser la gestion administrative des tournois, et générer des revenus durables pour le développement du football africain.
Cette position de leadership s’exerce par la démonstration concrète de ce qu’une organisation exemplaire peut accomplir. Chaque stade moderne, chaque infrastructure logistique fluidifiant les flux de délégations, devient un argument silencieux en faveur du modèle marocain.
L’accueil futur de la Ligue des Nations africaines—rassemblant 54 délégations nationales—consoliderait cette centralité. Le Maroc incarnerait alors le nexus diplomatique et administratif du football continental, une forme de soft power dont peu de nations africaines disposent.
La CAN 2025 demeure avant tout une compétition sportive où l’excellence athlétique prime. Mais elle incarne simultanément une stratégie de positionnement continental subtile et durable. Le Maroc a saisi comment transformer une organisation événementielle en vecteur d’influence politique, comment convertir des briques et du béton en arguments de gouvernance continentale.
En redéfinissant les standards d’excellence organisationnelle, en influençant la doctrine de la CAF elle-même, en se profilant comme hôte naturel des compétitions futures, le Maroc consolide une forme de leadership qui transcende le football strictement sportif.
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