jeudi , 9 avril 2026

Les États-Unis, premier fournisseur de gaz et de pétrole de l’Espagne : L’Algérie détrônée

En février 2026, pour la première fois dans l’histoire, les États-Unis — a occupé simultanément la première place dans les importations espagnoles de gaz naturel et de pétrole. Un fait inédit, relevé par le média économique El Economista, qui ne relève pas de la coïncidence mais d’un mouvement de fond désormais impossible à ignorer.

Le signal le plus éloquent concerne le gaz. L’Algérie, longtemps fournisseur privilégié de l’Espagne grâce à ses gazoducs transsahariens, se retrouve devancée par le gaz naturel liquéfié américain. Un renversement amorcé dès janvier, confirmé en février, et qui traduit une recomposition structurelle plutôt qu’une fluctuation de marché. Pour Alger, dont les recettes en hydrocarbures demeurent le pilier quasi exclusif du budget de l’État, la perte de ce positionnement stratégique est un revers considérable.

Ce déclassement s’explique d’abord par la transformation du modèle espagnol lui-même. L’Espagne dispose de l’un des réseaux de regazéification les plus étendus d’Europe, ce qui lui confère une souplesse d’approvisionnement rare sur le continent. Plutôt que de rester captive d’un fournisseur unique acheminant son gaz par canalisation, Madrid a progressivement arbitré en faveur du marché mondial du GNL, plus flexible, plus concurrentiel, et moins exposé aux aléas politiques bilatéraux.

Les États-Unis ont su saisir cette fenêtre. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, leur présence sur le marché européen du gaz a explosé, portée par une capacité d’exportation en forte hausse et une demande européenne en quête urgente d’alternatives aux approvisionnements russes. Le GNL américain, affranchi des contraintes d’infrastructure, s’est imposé comme la réponse la plus immédiate à cette équation.

Mais la domination américaine ne s’arrête pas au gaz. En février, les États-Unis ont également pris la tête des importations pétrolières espagnoles avec 622 000 tonnes, représentant environ 14 % du total mensuel, devançant des fournisseurs historiques comme l’Irak ou la Libye. Une double domination qui confirme que la présence américaine sur le marché énergétique ibérique est désormais structurelle.

Pour le régime algérien, les conséquences dépassent largement le registre commercial. Les hydrocarbures représentent près de 93 % des recettes d’exportation du pays et financent l’essentiel d’un système de redistribution sociale qui constitue le principal ciment du pacte entre le pouvoir et la population. Perdre des parts de marché en Europe et notamment en Espagne, client historique, c’est voir se rétrécir la rente qui permet à l’armée et au gouvernement de maintenir la paix sociale, de subventionner les prix, et de financer une politique étrangère activiste dont le soutien au Polisario est l’un des axes les plus coûteux. Dans un contexte où les réserves de change s’érodent et où la diversification économique tarde à produire ses effets, chaque baril et chaque mètre cube perdus sur le marché européen fragilisent un peu plus un édifice politique dont la stabilité repose, depuis des décennies, moins sur la légitimité démocratique que sur la capacité à distribuer la manne pétrolière.

About Mourad Kamel

Check Also

Nasser Bourita reçu en audience par le président de la République du Niger

Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, …