mardi , 27 janvier 2026

Diplomatie de l’escalade : Quand Alger transforme l’incident en doctrine

La chaîne publique internationale algérienne a annoncé, lundi 26 janvier 2026, la décision des autorités d’Alger de déclarer persona non grata l’ambassadeur de France, Stéphane Romatet. Présentée comme une réaction à des déclarations jugées « offensantes et provocatrices », cette mesure spectaculaire illustre surtout une constante, à savoir la surenchère politique érigée en mode de gouvernance extérieure.

Selon des propos rapportés par des médias algériens et relayés par l’Agence Anadolu, l’ambassadeur français serait devenu « indésirable » pour non-respect des usages diplomatiques. Une accusation lourde, mais formulée sans démonstration précise, laissant davantage transparaître une posture politique qu’un réel contentieux juridique ou protocolaire. Le point de départ de cette crise est un documentaire diffusé sur la chaîne française France 2, évoquant une implication présumée des autorités algériennes dans une tentative d’enlèvement visant un blogueur algérien résidant en France, qualifié de « terroriste » par Alger.

L’Algérie n’a pas choisi la voie de la contradiction argumentée, du droit de réponse ou de la procédure judiciaire internationale. Elle a préféré la convocation de diplomates. Une réponse brutale qui, loin de dissiper les soupçons, tend au contraire à renforcer l’idée d’un pouvoir plus prompt à sanctionner qu’à débattre.

Cette décision s’inscrit dans une série de tensions accumulées entre Paris et Alger. Déjà, en avril dernier, la France avait rappelé son ambassadeur après l’expulsion de plusieurs agents consulaires français par l’Algérie, en réaction à l’arrestation d’un diplomate algérien soupçonné d’implication dans la même affaire. À chaque étape, l’escalade a prévalu sur la désescalade, nourrissant un climat de défiance durable.

Mais l’épisode dépasse le simple cadre franco-algérien. Depuis la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara, le 30 juillet 2024, Alger a multiplié les gestes de rupture diplomatique. Le retrait de son ambassadeur de Paris puis l’adoption d’un discours de plus en plus agressif traduisent une stratégie où la politique étrangère semble instrumentalisée pour répondre à des revers géopolitiques mal digérés.

En invoquant la « souveraineté » et le « respect des normes internationales », les autorités algériennes prétendent défendre un principe. Or, la répétition des expulsions et des mises en accusation publiques fragilise précisément ces normes qu’elles disent protéger.

À force de transformer chaque désaccord en crise ouverte, Alger s’expose à un isolement diplomatique croissant. La fermeté ne se confond pas avec la fermeture, pas plus que la souveraineté ne se mesure à la capacité d’exclure un ambassadeur. En choisissant l’escalade comme doctrine, l’Algérie prend le risque de sacrifier la crédibilité internationale à l’agitation politique.

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