lundi , 26 janvier 2026

Extradition scandaleuse d’un opposant tunisien: Alger bafoue le droit d’asile

Amnesty International a vertement condamné lundi 26 janvier 2026 une violation flagrante du droit international par l’Algérie, qui a procédé au renvoi forcé de l’opposant tunisien Seifeddine Makhlouf vers son pays, en dépit de son statut officiel de demandeur d’asile auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Un acte qui soulève de graves interrogations sur le respect par Alger de ses engagements internationaux.

L’organisation de défense des droits humains n’a pas mâché ses mots, accusant directement les autorités algériennes d’avoir « bafoué leurs obligations en vertu du droit international relatif aux droits humains ». Plus grave encore, l’extradition s’est déroulée dans des conditions expéditives, privant complètement Makhlouf de toute possibilité de contester cette décision, et sans la moindre évaluation des risques auxquels il est exposé en Tunisie, notamment ceux d’une détention arbitraire prolongée et d’un procès inique.

Ancien député connu pour son discours radical, Seifeddine Makhlouf est l’un des dirigeants de la formation islamo-nationaliste Al-Karama. Critique virulent du président tunisien Kais Saied et visé par des poursuites, il s’était réfugié en Algérie en juillet 2024. Il a été condamné par contumace en janvier 2026 à cinq ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Le 18 janvier, les autorités algériennes l’ont extradé vers la Tunisie. Dès son arrivée, il a été emprisonné. Des photos le montrant menotté à la frontière tunisienne ont été largement partagées sur les réseaux sociaux, témoignant du traitement réservé à cet opposant.

Amnesty International exige que les autorités algériennes « précisent les fondements juridiques » de ce renvoi. « Cette décision est particulièrement alarmante compte tenu de la répression croissante contre l’opposition en Tunisie, où la justice est de plus en plus souvent instrumentalisée dans le but de réduire l’opposition au silence », a affirmé l’organisation, pointant la complicité d’Alger dans cette dérive autoritaire.

L’ONG a demandé l’annulation des décisions de justice rendues en l’absence de Makhlouf et réclamé un nouveau procès équitable. L’opposant avait fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires depuis 2021. En 2023, il a été condamné à 14 mois de prison par un tribunal militaire pour insulte envers des policiers.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de répression systématique en Tunisie depuis le coup de force du président Kais Saied, qui s’est arrogé tous les pouvoirs depuis juillet 2021. Plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées et par la suite condamnées à de lourdes peines de prison, notamment pour « complot » contre l’État. En livrant Makhlouf malgré son statut de demandeur d’asile, l’Algérie se rend complice de cette répression et foule aux pieds ses obligations internationales.

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