Dans la perspective des élections législatives du 23 septembre, plusieurs femmes conduisent des listes partisanes dans différentes circonscriptions électorales locales de la région Casablanca-Settat.
Cette présence témoigne d’une grande évolution : des candidates sont en tête d’affiche dans la compétition locale, au-delà des mécanismes de représentation réservée, dits « quotas », indique l’agence de presse MAP.
Parmi ces circonscriptions électorales, se distingue celle de Casablanca-Anfa avec six femmes en tête des 20 listes en lice, suivie d’El Jadida avec quatre sur 18. Al Fida-Mers Sultan et Aïn Chock en comptent trois chacune.
À Ben M’Sik, Moulay Rachid et Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, deux listes sont conduites par des femmes. C’est également le cas à Benslimane et Berrechid. À Nouaceur, Médiouna, Settat et Sidi Bennour, une seule femme occupe la tête d’une liste locale, rapporte la même source.
Pour le doyen de l’Institut des Sciences Politiques, Juridiques et Sociales de l’Université Mundiapolis à Casablanca, Ali Lahrichi, cette évolution appelle à une lecture « à la fois positive et prudente ».
Une femme placée en tête d’une liste locale, explique-t-il dans une déclaration à la MAP, n’est pas seulement bénéficiaire d’un quota : elle entre directement dans la compétition territoriale pour conquérir un siège.
La prudence tient toutefois au poids encore limité de ces candidatures. À l’échelle nationale, précise M. Lahrichi, les femmes représentent 875 des 5.505 candidatures dans les circonscriptions locales, soit 15,9%, au moment où 121 seulement des 1.615 listes locales sont conduites par une femme, soit environ 7,5%.
« La présence féminine progresse donc davantage dans les listes qu’à leur tête », a-t-il fait observer.
Casablanca-Settat offre, à cet égard, un terrain d’observation particulier. Pour le doyen, il ne suffit pas de compter les femmes candidates; il faut également observer lesquelles sont investies, dans quels territoires et avec quelles ressources politiques.
Casablanca-Anfa est, selon lui, particulièrement révélatrice, avec plusieurs femmes de premier plan conduisant des listes concurrentes.
Cette concentration peut notamment être mise en relation, relève-t-il, avec le caractère fortement urbain de la circonscription, la structure de son électorat et les anticipations électorales des partis, notant que les femmes qui y sont investies disposent souvent déjà d’une expérience parlementaire ou locale, de responsabilités partisanes, d’une notoriété professionnelle ou médiatique ou encore d’une implantation militante.
La question n’est donc pas celle de la compétence des femmes, estime l’universitaire, mais celle des conditions dans lesquelles cette compétence est reconnue par les formations politiques et les électeurs, puis transformée en investiture et en possibilité réelle d’être élue.
Un décalage persiste en effet entre les transformations de la société et leur traduction dans la scène politique. Les femmes représentent 46% du corps électoral marocain et leur place dans l’éducation, l’activité économique, les professions et la vie sociale a profondément évolué.
Pour M. Lahrichi, l’enjeu est désormais de savoir si l’offre politique reflète suffisamment la société telle qu’elle est devenue.
Les mécanismes instaurés pour renforcer la représentation féminine ont pourtant produit des résultats. Les dispositifs de représentation réservée ont permis, selon lui, de rompre avec une sous-représentation historique et de garantir un plancher de présence féminine, notamment à travers les circonscriptions régionales dédiées aux femmes.
Pour le politologue, le renforcement de la présence féminine passe aussi, en amont, par l’accès des femmes aux responsabilités partisanes, aux mandats locaux, à la formation, aux réseaux territoriaux et à la visibilité publique, soutenant que c’est ce parcours qui permet ensuite de construire la notoriété, l’expérience et la crédibilité électorale nécessaires pour prétendre aux premières positions.
À Casablanca-Settat comme ailleurs, trois indicateurs permettent ainsi de mesurer cette évolution : combien de femmes sont candidates, à quelle position elles sont placées et combien d’entre elles disposent d’une chance réelle d’être élues. Trois données qui, comme le souligne M. Lahrichi, ne racontent pas nécessairement la même histoire.
À l’heure où la présence des femmes dans la société marocaine s’est profondément transformée, le défi n’est donc plus seulement lié à leur entrée dans la compétition électorale. Il concerne davantage le passage d’une “parité de présence” à une “parité d’éligibilité”, le but étant que la candidature féminine devienne progressivement une composante ordinaire de l’offre politique et que davantage de femmes puissent accéder effectivement aux responsabilités électives.
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